Trouver sa voix pour un podcast singulier : Retour d'atelier
- Clémence & Marie

- il y a 5 jours
- 5 min de lecture

Comment trouver sa voix lorsqu’on se lance dans un podcast documentaire ? Comment se positionner face à son sujet et aux personnes qui témoignent ? Clémence Allezard a partagé sa vision dans le cadre des ateliers 2026 d'Une fois, une voix, organisés pour accompagner les jeunes podcasteur·ses dans la création de leur premier documentaire sonore.
Dans cet article, découvrez les réflexions, conseils pratiques et exemples concrets qu’elle a proposés pour développer un regard singulier sur le réel et pour se sentir légitime dans sa démarche.
Le replay :
Les conseils à retenir :
Créez un "journal de bord" pour noter vos pensées et questionnements à toutes les étapes de la création du podcast.
Interrogez-vous sur votre place par rapport au sujet (rapport intime, position sociale...).
Adoptez une posture humble et curieuse, et faites-vous confiance : personne n’est illégitime.
Le podcast documentaire : un regard singulier
Pour commencer, il faut avoir en tête que le documentaire est un format de podcast particulier. Contrairement à un exposé scolaire ou une émission journalistique, on ne cherche pas à être exhaustif, neutre et objectif, mais plutôt à poser un regard singulier sur un sujet.
"En tant que documentariste, nous donnons à entendre et ressentir une histoire singulière dont nous nous emparons avec notre regard, en conscience."
Un podcast documentaire, c'est donc une proposition unique, qui part d'un questionnement ou d'une envie qui nous est propre.
🔎 Pour mieux comprendre ce format, rendez-vous sur notre page "Le podcast documentaire".
Une première approche du thème
Quand on décide de travailler sur un sujet précis, Clémence invite à se poser trois questions simples mais essentielles :
Qu’est-ce que je sais ?
Qu’est-ce que je pense ?
Qu’est-ce que je ressens ?
Par exemple, sur un thème comme les virilités, on peut commencer par proposer sa propre définition, noter à quoi le mot nous fait penser (ex. : une situation, un film...) et se demander si on se sent personnellement concerné·e.
💡 Astuce : à ce stade, commencez à noter vos pensées et questions dans un "journal de bord" que vous tiendrez tout au long de la création du podcast.
Même les premières idées ou réactions, naïves ou incomplètes, sont importantes. Elles servent de point de départ à votre démarche et vous permettent de suivre l’évolution de votre réflexion. Vient ensuite le moment de se documenter pour avoir un regard plus informé sur la question.
🔎 Pour aller plus loin, découvrez le compte-rendu de l'atelier "Comment aborder un thème fort en podcast" avec Sophie Marchand et Jeanne Mayer.
Se positionner et singulariser sa démarche
Ce qui fait la singularité d'un podcast, c'est le fait qu’on entende votre perspective. Ce format invite à se poser en sujet avec son regard, ses questions et son ressenti.
Cela peut sembler impressionnant ou difficile à première vue. Mais rassurez-vous, la singularité d’un documentaire se construit en faisant : en recherchant, en observant, en discutant, en enregistrant, en montant.
"C'est important d'enregistrer ce qui nous traverse, ce qui nous questionne et ce qui bouge en nous, à chaque étape de la création du podcast. C'est ce cheminement personnel qui fait la singularité de notre approche."
Tous vos choix (de sujet, de personne à interviewer, de son à capter...) témoignent de votre subjectivité et donnent de la personnalité au podcast. L'idée est d'inviter l'auditeur·ice à penser avec vous, à voir par vos yeux et entendre par vos oreilles.
Adopter une posture réflexive
La "réflexivité" est un mot un peu savant pour dire qu'il faut prendre du recul sur sa propre réflexion. Pourquoi ce sujet vous touche-t-il ? Comment vous positionnez-vous par rapport à lui ? D'où venez-vous, d'où parlez-vous ? Quels sont vos biais potentiels ?
"On peut parler de n'importe quel sujet, à condition de le faire avec humilité, réflexivité et respect. C'est en vous documentant, en rencontrant des personnes et en laissant votre regard se transformer que vous devenez légitime."
👀 Par exemple, si je décide de faire un podcast sur le racisme mais que je ne suis pas une personne racisée, je dois être conscient de mes biais, des clichés qui peuvent m'influencer et de mes angles morts. Je devrai prêter encore plus attention à la parole des personnes concernées.
La narration : se mettre en scène ou pas
Faut-il dire "je" dans son podcast ?
Pour exprimer sa subjectivité, on peut parler à la première personne dans son podcast. Il y a plusieurs manière de dire "je" :
Le "je" intime : si je suis directement concerné·e par la thématique, je peux le dire. Cela peut me permettre de partager un ressenti, des savoirs ou des anecdotes issus de mon expérience, et d'incarner mon podcast.
Le "je" narratif : je peux aussi utiliser la première personne pour donner des informations, ou pour mettre en scène mes recherches et mon enquête. Ce "je" ne sera pas forcément intime, mais il contribuera à rendre mon podcast vivant.
💡 Astuce : demandez-vous toujours si votre "je" est utile, et pourquoi : en quoi est-ce qu'il peut enrichir votre récit documentaire ?
Comment réussir ses micros (voix off) ?
Pour que votre podcast raconte une histoire, vous aurez peut-être besoin d'enregistrer une voix off. C'est ce que l'on appelle, en radio, des "micros". Pour un documentaire, on cherche à mettre l'accent sur la narration plutôt que l'efficacité journalistique : il faut essayer d'incarner l'information, de prendre l'auditeur·ice par la main. Les micros sont une autre manière d'exprimer votre subjectivité, sur le fond comme sur la forme.
"N'hésitez pas à vous amuser, à faire des tentatives. Vous pouvez choisir une narration très poétique ou plus politique, vous pouvez faire des jeux de mots, des blagues, faire un petit journal... C'est aussi comme ça qu'on prend confiance : en s'autorisant des choses."
💡 Astuce : quelques conseils pour enregistrer des micros vivants :
Enregistrez-vous dans un contexte intime, rassurant.
Posez votre voix, prenez votre temps, faites attention à votre débit.
Soyez aussi naturel·le que possible.
L'option du "tout sonore"
En fonction du projet, il est aussi possible de ne pas enregistrer de micros et de proposer un documentaire "tout sonore". Votre regard transparaîtra alors dans les choix de sons et d'extraits. Ces choix peuvent d'ailleurs être radicaux ; n'hésitez pas à suivre vos envies et à expérimenter !
👀 Par exemple, pour évoquer la virilité, on pourrait poser son micro sur un terrain de pétanque et laisser uniquement entendre les interactions entre les joueurs.
Comment trouver sa voix à plusieurs ?
Dans le cadre du concours Une fois, une voix, de nombreux jeunes sont amenés à créer un podcast en classe ou en groupe. Une question se pose alors : comment trouver une voix singulière à plusieurs ?
Clémence conseille de commencer par réfléchir individuellement, chacun de son côté, au thème à traiter, puis de se réunir pour mettre en commun les idées. À partir de là, il y a deux possibilités :
Soit une grande ligne commune se dégage, et on s'associe pour parler d'une voix.
Soit on joue sur la pluralité des points de vue pour créer un récit à plusieurs voix.
💡 Astuce : le côté collectif peut rendre un podcast particulièrement riche et vivant. Il peut être mis en scène, comme dans "De vives voix", podcast crée par une classe de 4e du collège Victor Hugo de Sète et primé dans le cadre d'Une fois, une voix 2023.
En conclusion : un geste personnel tourné vers les autres
Terminons ce compte-rendu avec une dernière citation de Clémence :
"Le documentaire est une démarche qui part de soi pour aller vers les autres. On collecte des histoires en tendant son micro, mais c'est toujours un geste personnel."
Pour plus de conseils pour fabriquer un podcast singulier, découvrez tous nos ateliers en replay ainsi que les autres ressources proposées par Une fois, une voix.



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